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11/04/2008

Je ne sais pas

Par Philippe Gailhardis

La plus poignante, à mon goût, des chansons d’amour blessé, n’est pas la trop flamboyante et littéraire « Ne me quitte pas » mais bien la discrète, la pudique et certainement sincère «Je ne sais pas», du même Jacques Brel.

3d2de546bf447d3202a5f65fc60896da.jpgCe «Je ne sais pas», qui revient de façon lancinante, exprime trop bien le désarroi de l’homme qu’on vient de « larguer », qui n’ose même pas encore se demander ce qu’il a fait ou négligé de faire, et se raccroche désespérément aux plus infimes détails matériels de la séparation. Tout lui paraît soudain compliqué, incompréhensible. «Je ne sais pas» aurait pu être l’hymne du parti socialiste après le tsunami du 21 avril. Six ans après, le PS ne sait toujours pas. Et l’on a beau jeu de lui jeter la pierre, de lui reprocher de ne pas avoir su analyser les causes de sa défaite. Ce n’est pas faute, pourtant, d’être rentré en lui-même, jusqu’au nombrilisme.


Mais est-ce si facile de mettre des causes rationnelles sur l’incompréhensible? Le PS, comme un vulgaire boy friend délaissé, est victime de désamour.

A voir cet acharnement à le dénigrer, j’ai parfois l’impression que notre société ultra-libérale, affranchie de toute charité chrétienne, en est revenue aux rudes principes des anciens Romains: malheur aux vaincus. Il n’y a qu’à voir comment la presse est passée, presque du jour au lendemain, de la flagornerie au lynchage à l’égard de notre prince-président, pour comprendre que notre France américanisée s’est totalement convertie au culte des vainqueurs.

Ce dénigrement est d’autant plus injuste que le PS n’est pas une entité abstraite, ni un personnage de paille fait pour y mettre le feu à la fin du carnaval. Derrière d’encombrantes figures de proue, il y a tout un peuple de militants qui battent le pavé, sacrifient des soirées et des week-ends, sans espoir de gagner des places ni même la simple considération de leurs concitoyens. Ne serions-nous tous que des idiots utiles?

Il y aussi une incroyable force de lucidité et d’analyse, que les fameux «débats participatifs» ont en partie libérée, si imparfaits qu’ils aient pu être. Sans parler des «think tanks». On dit que le PS n’a pas d’idées. Il en a beaucoup, peut-être trop, pas toujours compatibles. Ce n’est pas par hasard qu’est née cette obsession de la «synthèse».

Qui, en dedans ou en dehors du parti socialiste, est capable d’expliquer rationnellement la raclée subie en 2002? En fait d’analyse, on ne trouve que des invectives.

Et pourtant, c’est bien par là qu’il faudrait commencer. On ne peut comprendre l’échec de 2007 si l’on n’a pas analysé la raclée de 2002. Le premier est le prolongement de la seconde et la différence de degré entre cette défaite et cette raclée s’explique certainement par la personnalité charismatique de notre candidate, autant que par l’espoir de renouveau qu’elle représentait – espoir hélas saccagé par l’obstination du PS à se présenter comme divisé et pas tout à fait convaincu par sa propre candidate.
Il est vrai que nombre d’électeurs de gauche et du centre ont voté contre le champion de droite par la crainte justifiée qu’il inspirait, mais ce candidat matamore, par son discours musclé, a sans doute gagné autant de suffrages à l’extrême droite, chez les poujadistes de café du commerce qui sont légion en France, qu’il n’en a perdu sur sa frange centriste. C’était son calcul et le calcul était bon.

La seule façon de contrer cette stratégie aurait été de mettre les chrétiens-sociaux définitivement dans notre camp. On sait ce qu’il en est advenu. La scène décrite par Ségolène Royal sur le mode comique, quand elle sonne en vain à la porte de François Bayrou, ne me fait pas rire. Elle illustre tragiquement la solitude de notre candidate, dernière à poursuivre le combat quand d’autres préparaient déjà leur paquetage en vue de la retraite.

Mais cela, la question des alliances, c’est de la tactique politicienne, l’arme ultime quand le reste a échoué. Le vrai impératif, pour le PS, c’est de devenir un parti attractif, un parti de masse. D’avoir enfin un mode de fonctionnement qui le vaccine contre les cacophonies, un(e) leader qui le représente et que l’on suive, un programme qui ne soit, ni un alignement béat sur le «consensus de Washington», ni un catalogue de vœux pieux confondant le réel et l’idéal. Un programme auquel les militants eux-mêmes soient en mesure de croire, afin qu’ils sachent le défendre.

Que l’avenir nous préserve d’avoir à nous rendre encore à Canossa, représentants d’une gauche définitivement marginalisée! Soyons forts et ensuite, «qui m’aime me suive».

La crise est devant nous, économique, écologique, sociale et financière. Parce qu’elle ne croit pas béatement à la main invisible du marché, la gauche socialiste est aujourd’hui la plus crédible pour soigner les plaies du capitalisme sauvage à l’américaine. Il n’y a vraiment qu’en France qu’on méprise à ce point les socialistes français, eux que l’on a placés à la tête de deux des trois institutions majeures de la mondialisation : l’OMC et le FMI. Et ce n’est certes pas sur les bancs des universités américaines, où l’on se presse pour l’écouter, que l’on traiterait Ségolène Royal de gourdasse.

Au moment où le capitalisme financier s’empêtre dans ses contradictions, où le simplisme des reaganomics produit toute l’étendue de son désastre, le monde a besoin de la gauche. La gauche de gouvernement a besoin de s’organiser, de se mobiliser pour le faire comprendre et se rendre enfin désirable.


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Commentaires

c pathétique, et moi ki avé cru ke le ps se moderniseré... toujour les meme discour ken 1917 contre les "chiens de capitalistes" et les américains!kan verra t on enfin un parti de gauche ancré dan le marché du travail et la vraie modernisation comme c'est le cas en suede avec les sociaux democrates?

Écrit par : tonpère | 11/04/2008

Et ce n’est certes pas sur les bancs des universités américaines, où l’on se presse pour l’écouter, que l’on traiterait Ségolène Royal de gourdasse
. Mais ou avez vous lu que les étudiants de harvard et MIT se pressaient pour écouter la gourdasse Les professeurs ont fait quelques commentaires tièdes et les autres, une petite cinquantaine, sont sortis totalement déçus de sa prestation Ils ont retenu une chose, sa déclaration pour l'indépendance de Puerto Rico Il ne faut pas dire n'importe quoi ... certains se sont même demandés si elle avait compris la question
une américaine

Écrit par : ZÉLIE | 11/04/2008

Pauvre Gulliver ,c'est pathétique que de voir un militant sincère blessé,proche de l'agonie politique a l'image de ce PS pour lequel il a donné sans compter comme beaucoup
Sego serait la lueur d'espoir ?
Et si c'était l'ange exterminateur?
Pardon Gulliver,je commet un sacrilège en accusant des pires crimes la dame en blanc
J'ai honte de mes vilaines pensées
Cependant,C'est juste une question Gulliver,et il vaudrait mieux y répondre avant que,vaincu par les petits hommes liges de la Dame le PS ne succombe corps et âmes

Écrit par : antimythe | 11/04/2008

Ecoutez je vais etre franc, mais c'est pour vous aider : je suis apolitique, je n'ai rien contre le PS, mais je ne voterai jamais Royal tout simplement parcequ'elle est limitee intellectuellement. Melenchon que j'ai entendu recemment sur le Tibet semble par exemple beaucoup plus vif.

Le jour ou le PS comprendra ca, il aura peut-etre ses chances.

Sinon Hollande il fait un peu flanc, Strauss-Kahn a des allures de neo-conservateur, Dray n'a aucun style, Fabius n'est pas credible. Delanoe par contre pourrait bien marcher.

Apres c'est vous qui voyez. Mais c'est des types comme moi qu'il va falloir convaincre.

Écrit par : Jean Picard | 12/04/2008

« Les adversaires du libéralisme [...] sont partis en guerre contre les fictions que sont l’ultra-libéralisme et le néo-libéralisme, deux concepts construits de toutes pièces par les collectivistes et dans lesquels les libéraux ne se reconnaissent pas » (Pascal Salin)

Écrit par : Stairway to heaven | 12/04/2008

La "religion" segoleniste est tout sauf PS, et ce n'est pas de là que viendra la rénovation!
son dernier exploit est d'avoir recopié intégralement une longue partie du discours de JC Cambadelis sans le nommer bien enetendu, et d'avoir "bousillé" l'idée de questionnaire qu'il suggérait au conseil national du PS du 23 Mars, en proposant des questions orientées, incomprehensibles et idiotes....

Et pourtant, les femmes intelligentes, sincères , populaires, existent au PS... ainsi que de nombreux hommes... Pensez M Aubry, ou encore P Moscovici plutôt qu' à d'autres... sachant quand même que DSK , adoubé au niveau mondial serait notre grande chance, contrairement aux apparences, c'est l'un des socialistes les plus convaincus qui soit, et qui , lui, reussirait à réaliser ce qu'il promettrait... mais voudra t il encore de nous?

Écrit par : selene | 12/04/2008

@selene DSK est brandi toujours comme étant celui qui ferait un bon présidentiable , mais en 2007 le parti n'a pas voulu de lui , pourquoi en 2012 aurait-il plus de chance surtout après washington ?
Royal donne l'impression de se moquer de tous et de tout , sans limite ni décence , un peu magouilleuse pour atteindre le pouvoir : son seul objectif et projet ! elle est bling bling !
delanoé est en train de se changer en clone de sarko , un modèle pour lui , même si embaucher un bruno julliard et lui verser 4000euro par mois d'argent de poche sur le dos des parisiens c'est indécent , injuste , limite magouille ! delanoé semble aujourd'hui le seul à pouvoir porter le flambeau du ps !! les français l'ont compris et seraient soulagés s'il arrivait à remettre ce parti fagocité par des carrièristes "on the road again" !

Écrit par : kombucha | 12/04/2008

Il y a le PS, il y a la gauche. Franchement, en 2008, comme en 2005 au moment des émeutes, du CPE, etc, il fait bon être de ce côté-là, on peut être fier de ne pas appartenir au camp des cyniques, des égoïstes à 150%, des menteurs, des démagogues. Car quand on voit l'état du pays, de l'économie, du chômage (réel et pas les chiffres truqués), de la dette publique qui augmente (alors que les donneurs de leçons qui sont à la tête du pays passent leur temps à nous expliquer que seule leur "politique" peut permettre sa baisse !), de l'expulsion de milliers de citoyens vers des pays étrangers, quand on assiste chaque jour au spectacle et au déploiement de cette politique d'extrême-droite, on peut se dire, chaque jour : fier et heureux d'être de gauche ! Mais il est temps de cesser de battre sa coulpe, et de travailler sur les idées, les informations à haute valeur ajoutée (la réalité de l'économie mondiale, contre et malgré les simplifications qui sont balancées tous les jours par nos "amis" journalistes), et les propositions pour l'a-venir. Car après Sarkozy, la droite n'a plus rien.

Écrit par : grellety | 12/04/2008

Et si, au lieu de rejeter la raison de la défaite de Ségolène sur le manque de coopération de certains responsables du PS on commençait par s'interroger sur les raisons qui peuvent exister de ce rejet, le fait qu'elle ait été choisie par les adhérents doit être relativisé par l'importance numérique des nouveaux adhérents "à 20 €" qui ont depuis d'ailleurs largement quitté le navire.
Il ne s'agit de "flinguer " Ségolène dont on peut reconnaître des qualités certaines, mais je ne peux m'empêcher de penser que certaines de ses propositions ne semblent pas vraiment dans l'axe d'une pensée socialiste, (d'où son succès dans les médias au début de la campagne) et aussi un certain exercice solitaire du pouvoir de décider de ce qu'il fallait proposer aux français qui venait contredire les beaux principes de démocratie participative affichés dans ses discours.
Enfin, je n'ai pas non plus été convaincu par son aptitude à lire ses textes, autant elle paraît convaincante en debat direct autant elle donne l'impression de peiner quand elle lit un texte et je crois que ça aussi ça peut jouer contre elle; et ça explique qu'un certain nombre d'électeurs indécis aient jugé Sarkozy plus crédible.
Maintenant ne tombons pas dans l'erreur maintes fois répétée de penser que parceque Sarkozy devient de plus en plus impopulaire le PS devient de plus en plus populaire, ce n'est pas par défaut qu'il lui faut çetre crédible mais bien de façon positive par sa force de proposition et d'ouverture au monde.

Écrit par : jean-pierre dahan | 12/04/2008

Paradoxalement, un pas chassé à gauche et le PS renaitrait de ses cendres encore fraiches

Écrit par : Fran | 12/04/2008

Fran, si les gens manifestent à Paris contre la Chine, ce n'est pas pour avoir un Besancenot au pouvoir ou le retour des cocos.... Si t'es nostalgique, va voir les JO ou tu pars en vacances en Corée du nord, tu aras l'occasion de voir des phoenix comme tu les apprécies.

Écrit par : yvesr | 12/04/2008

C'est sûr l'UMP avec son grand sens social et fraternel c'est tellement mieux.

Écrit par : Fran | 13/04/2008

Il est certain que ce n'est pas avec Ségolene Royal que le PS va se rénover....

Écrit par : sebtou | 14/04/2008

Voter Mélenchon?
Oui il est clair et parle bien il a des idées intéressantes et des solutions pertinentes... mais je préfère un mélange de Jaurès, De Gaulle et Mendès France et c'est pour eux que je voterai ... quoi ??? ils sont morts ? tous les trois ?!
Bah! cela sera tout aussi efficace que de voter Mélenchon et en plus je ne risque pas d'être déçu par une trahison (inverse et moins grave que celle du populaire BK, dangereux bacille).
Allez va vive le PS à défaut de mieux

Écrit par : Parienty | 14/04/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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