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28/04/2008

Actualité de Guy Mollet

Par Philippe Gailhardis

Il est temps d’aborder le sujet qui fâche le plus au PS, sujet malheureusement des plus actuels: Guy Mollet. Contrairement à une idée reçue, Guy Mollet n’est pas cet hypocrite qui aurait conquis le parti en tenant un discours de gauche pour ensuite, une fois élu, pratiquer une politique de droite. C’est plus compliqué que ça.

Guy Mollet a bel et bien mené une politique sociale généreuse et audacieuse, comme on n’en avait jamais vu depuis la Libération et comme on n’en reverrait plus avant 1981.

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Là où le bât blesse, c’est en Afrique. Il n’a pas fallu longtemps aux socialistes au pouvoir (le temps d’une visite chahutée à Alger) pour passer d’une volonté décolonisatrice à la Mendès France à un soutien inconditionnel aux colons d’Algérie. Soutien qui passait par des échanges de «bons procédés» avec Israël et culmina avec la torture et l’équipée de Suez… Seule, une poignée de jeunes socialistes, qui allait fonder le PSU, sauva l’honneur.


Aujourd’hui, au PS, «mollétisme» a pris une autre sens : c’est la tendance à la surenchère verbale, pseudo-révolutionnaire, quand on est à la tribune. Surenchère que l’on rachète ensuite, si on gagne, en se faisant doux comme un agneau avec les éléments les plus réactionnaires du MEDEF.

C’est un ministre des finances socialiste privatisant comme pas deux et se gardant bien de taxer les plus values sur les stock options.

C’est une loi des 35 heures (Aubry II) distribuant les prébendes aux entreprises, imposant aux salariés une flexibilité sans précédent, sans contrepartie en termes d’embauche.

C’est un gouvernement socialiste présidant l’Europe et signant à Nice un traité ultra-libéral débarrassé de toute velléité de construire l’Europe sociale ou politique. Margaret Thatcher l’avait rêvé. Le gouvernement socialiste l’a fait.

Même ainsi entaché, le bilan de ce gouvernement de gauche restera toujours bien meilleur que celui des gouvernements de droite qui l’ont précédé et suivi, puisque la France caracolait en tête de l’Europe pour la croissance, la création d’emplois et la réduction de la dette. Aujourd’hui, elle est lanterne rouge. Et son seul vrai atout, une productivité du travail qui reste l’une des meilleures du monde, c’est encore à ce gouvernement socialiste qu’elle le doit – et surtout aux salariés eux-mêmes, bien entendu!

Il n’empêche. Comment le « peuple de gauche » pourrait-il ne pas se sentir trahi par le «mollétisme»?

Ce qu’il y a de plus suicidaire, dans ce mode de prise de pouvoir au sein du PS, c’est que plus le discours de congrès est à gauche, plus la trahison paraît grande quand on arrive aux affaires…

Mollétistes, certains socialistes le sont aussi, parfois, au sens véritable du terme, pratiquant un chauvinisme de petit blanc et ayant les yeux de Chimène pour le colonialisme sous toutes ses formes. Les insultes d’un Georges Frèche aux harkis fleurent bon leur administrateur colonial, tout comme l’incapacité du PS à donner une place conséquente à celles et ceux qu’on nomme pudiquement «les candidats de la diversité».

Xénophobe, la désignation du plombier polonais comme source de chômage et de baisse des salaires en France (le Pen n’aurait pas trouvé mieux…) ou le refus de laisser entrer les Lithuaniens en Europe, au nom sans doute de la pérennité des frontières de la Sainte Russie.

Colonialiste, le soutien à un soldat d’occupation emprisonné et bien traité par ses geôliers, quand le pays occupant emprisonne des enfants, pratique et légalise la torture dans l’indifférence générale.

Mollétiste, l’hymne au colonialisme chinois perpétré par des socialistes qui se croient plus à gauche parce que ce sont eux qui crient le plus fort. La Chine, voyez-vous, apporte à ces arriérés de Tibétains les bienfaits du chemin de fer, des supermarchés et du développement économique (version capitalisme sauvage). Elle protège les Tibétains de l’obscurantisme mystique.
Ce discours là est vieux comme le colonialisme.

Il conviendrait toutefois d’ajouter à ce joli tableau les gaietés des caméras de surveillance, des bordels militaires de campagne et d’un ordre pas du tout juste, celui-là (c’est sans doute pour cela que l’on ne trouve pas à y redire). Comble de mansuétude envers les familles des victimes, les troupes d’occupation ne font même pas payer les balles.

C’est le mollétisme qui a fait capoter le traité social européen, par la vieille technique de la surenchère, en voulant y ajouter l’absurde idée de SMIC européen.

C’est le mollétisme qui rend le PS français parfois exaspérant aux autres partis socialistes européens. Qui le fait peu crédible aux électeurs français et souvent insupportable à ses propres militants.

Le mollétisme nous enferme dans un manichéisme d’un autre âge, opposant salariés et patrons, alors que c’est d’une alliance des producteurs (entrepreneurs, chercheurs, formateurs, salariés, artisans…) que nous avons besoin pour sortir de l’ornière.

Mollétisme et immobilisme doivent-ils rester à jamais les deux mamelles du PS? Si tel était le cas, la France serait condamnée à n’avoir, tous les cinq ans, qu’une fausse alternative, entre la droite bonapartiste et une droite orléaniste en déconfiture, dont le leader prend de plus en plus des allures de général Boulanger. C’est pourquoi l’enjeu du prochain congrès socialiste n’est pas anodin. Si les acteurs en sont connus, la pièce peut encore nous surprendre. Espérons-le…


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Commentaires

"Ce qu’il y a de plus suicidaire, dans ce mode de prise de pouvoir au sein du PS, c’est que plus le discours de congrès est à gauche, plus la trahison paraît grande quand on arrive aux affaires…"
Cette phrase résume terriblement la contradiction majeure du PS, et explique indirectement (pour reprendre les termes de la récente déclaration) que "l'idéal" vendu aux électeurs de gauche est tellement décalé des possibilités du monde "réel", que cela peut ressembler à une trahison que de ne pas appliquer ce pourquoi on a été élu...

Écrit par : Boogy | 28/04/2008

Votre "post" est très intéressant...
Le cumul des contradictions du PS finira par nous coûter cher, très cher. Il est temps de régler ces contradictions ; du congrès, le PS (s'il y parvient) sortira renforcé; sinon, ... :s

Écrit par : Jonathan | 28/04/2008

Tu l'as très bien décrite, cette pourriture au sein du parti socialiste. Oui, tu l'as énoncée clairement et ce que tu dis est vrai. Tout ce que tu écris est vrai, les ténors et les éléphants des colonialistes refoulés, sont de vrais racistes qui cherchent à s'ignorer. Hier j'écoutais Lebranchu dans l'émission Ripostes, n'approuvait-elle pas le démago disant qu'il ne comprenait pas le sens de l'expression "à enveloppe constante", enchérissant que "non effectivement les gens ne peuvent pas comprendre", parce que "ces gens-là monsieur" prendront toujours les Français pour des cons de leur calibre et de leur niveau. Jamais je n'ai été autant méprisé que par des sympathisants socialistes. Si tu n'as pas la peau et les yeux clairs, un nom du terroir tu n'es qu'une merde, une merde utile cela étant car il faut que tu votes. Le parti socialiste n'a jamais caché son sionisme, mais ce parti socialiste est moribond et c'est une bonne chose qu'il le soit.

Les lois socialistes ne m'ont jamais rien apporté que des déconvenues. Mon objectif est limpide, éliminer toute cette vieille racaille et la jeune qui se cache derrière pour promouvoir une autre doctrine plus en phase avec notre siècle, de nouvelles valeurs dans lesquelles la fraternité et le respect de l'autre s'inscriront en tête de liste.

Écrit par : révolution | 28/04/2008

Vous n'avez rien oublié?
Et Miterrand qui au congrès d'epinay nous a lancé qu'être socialiste cétait être anti capitaliste
Je vous passe toutes les trahisons sur ce sujet mais plus Molletiste que Miterrand y a pas

Écrit par : antimythe | 28/04/2008

Et qui est pour les biocarburants qui affament les peuples les plus faibles?
1-L'Union Européenne et les Etats- Unis
Et qui soutient les pieds nickelés de l'UE et qui voulait lui donner une véritable souveraineté:
1- Le PS?
Stop en parlant de trahison. On en est à de la haute trahison.
Qui ne comprend pas que l'essence verte est un crime contre l'humanité?
1-le PS et les Verts qui ont voté la directive de l'UE sur l'objectif de 20% de biocarburants.

Écrit par : joseph | 28/04/2008

Moi j'attends du PS qu'il soit moins européiste et plus à gauche. Et quand j'en parle autour de moins je ne suis pas le seul. Rien de pire que celui qui fait l'aveugle.

Écrit par : Fran | 29/04/2008

On dit que le PS se SFIOtise;pour ma part, celà me fait sourire:disons que le PS est l'héritier d'une Histoire de JAURES/GUESDE en passant par D.MAYER/G.MOLLET pour aboutir à MITTERRAND, puis JOSPIN, puis le Parti actuel très divisé , surtout, au sommet, pour les raisons que chacin conaît(AH! cette terrible maladie du présidentialisme aigu qui est le contraire de la démocratie et du Progrès puisque c'est le retour au bonapartisme...)
Et n'oublions pas, tout de même , que, jusqu'au bout, François MITTERRAND fut le Garde des Seaux, Ministre de la Justice du Président Guy MOLLET, en pleine GUERRE D'ALGERIE, alors que, très vite, Pierre MENDES FRANCE, qui ne fut JAMAIS militant du PS, se retia du même GOUVERNEMENT...

Écrit par : augustin | 29/04/2008

Daniel Meyer, proche de Léon Blum, était secrétaire général de la SFIO, sur un programme "plus à gauche" Guy Mollet est devenu Secrétaire général pour de très longues années. On se souvient de ses affirmations: " La droite la plus bête du monde ", ou " Le parti communiste n' est pas çà gauche il est à Moscou." Un souvenir, je dinais un soir à côté d' un syndicaliste de la CFTC de l' époque, en 1957, nous parlions de la politique algérienne du gouvernement, nous regrettions ce qu'on appelait la pacification,menée par Robert Lacoste, l' absence de négociations; mon interlocuteur me disait: "Guy Mollet c' est l' homme des "renseignements généraux" ...

Écrit par : Louis-J.QUIVRIN-JEU | 01/05/2008

Daniel Meyer, proche de Léon Blum, était secrétaire général de la SFIO, sur un programme "plus à gauche" Guy Mollet est devenu Secrétaire général pour de très longues années. On se souvient de ses affirmations: " La droite la plus bête du monde ", ou " Le parti communiste n' est pas çà gauche il est à Moscou." Un souvenir, je dinais un soir à côté d' un syndicaliste de la CFTC de l' époque, en 1957, nous parlions de la politique algérienne du gouvernement, nous regrettions ce qu'on appelait la pacification,menée par Robert Lacoste, l' absence de négociations; mon interlocuteur me disait: "Guy Mollet c' est l' homme des "renseignements généraux" ...

Écrit par : Louis-J.QUIVRIN-JEU | 01/05/2008

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