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15/07/2008

Charmante Tina, quand tu nous tiens!

Par Matthieu Vittu 

Le Congrès de Reims serait joué! Circulez, il n’y a rien à voir, laissez-nous faire! Dupond n’a pas encore placé ses billes et Durand trahira autour d’une bouteille de Pineau dans l’arrière salle d’une brasserie rochelaise. Prenez en conscience: le grand Martin du haut de sa tour d’ivoire a une balance unique capable de calculer en un clin d’œil le poids de chaque proboscidien, des gazelles esseulées et des lionceaux affamés.

Au milieu de ce combat de coq qu’on lui présente, le poulailler militant serait en ébullition prêt à se faire emplumer au nom de quelques œufs en or. Allez, reprenons nos esprits, nous ne sommes pas dupes: nous connaissons l’importance du leadership politique mais nous ne souhaitons pas être les acteurs passifs d‘un scénario écrit d’avance. Nous souhaitons tous une étape de clarification politique nécessaire à la bonne marche du parti qui se fera par des arbitrages politiques essentiels.
 
C’est ici que «TINA» entre en scène. Tina est charmante, populaire et dangereuse. La droite a succombé depuis déjà longtemps à ses incantations. Une partie de la gauche frétille devant ses charmes. Tina a des origines anglo-saxonnes mais a été plus qu’adoptée par les européens. Elle a pour nom complet: «There Is No Alternative». Sa traduction non littérale à la française serait une expression type «on a tout essayé». Tina caractérise le renoncement à gagner la bataille idéologique. Le chômage? C’est structurel. Le trou de la Sécu ? Une expression consacrée. La rupture? Un mode de vie présidentiel. Les 35 heures? La bêtise d’une gauche d’un autre temps. Les Retraites? Capituler mon général. Le Parti Socialiste a une responsabilité historique: reprendre l’offensive idéologique en affirmant que les valeurs qui sont les siennes sont modernes. Prenons l’exemple du grotesque débat sur l’emploi du terme libéral. Conclusion des experts: le Parti Socialiste est un Parti culturellement, politiquement libéral, mais économiquement mi-libéral mi marxiste-léniniste. Soit le brouillard le plus total pour la population : je suis plutôt marxiste, je trouve le PS trop libéral et vice-versa. Personne n’y a trouvé son compte et à l’heure où les socialistes s’entredéchiraient suite à une provocation un peu malvenue d’un candidat en perte de vitesse, la droite a capitalisé les fruits de cette déchirure. Nous sommes une fois de plus tombé dans notre propre piège puisqu’ au fond à quoi s’oppose le terme libéral? Celui-ci a-t-il encore un sens aujourd’hui? A trop provoquer Tina, nous finissons par tomber dans ses bras…


Notre bien nommée Tina a refait surface ce jeudi 12 juin à Paris, Berlin et Bruxelles. Les Irlandais ont dit haut et fort qu’ils refusaient de signer le référendum sur le projet de traité constitutionnel européen rebaptisé pour l’occasion mini-traité par un plus ou moins habile communiquant de Sarkozy. Avec un peu d’humour, on pourrait d’ailleurs populariser un slogan: un maxi non pour un mini traité! Le soir du vote,  les eurocrates se sont bousculés au bataillon médiatique: chers Français, les Irlandais sont des ingrats insulaires subventionnés, trop gâtés, identitaires et déconnectés des enjeux. Une seule conclusion: on continue notre chemin sans les irlandais car «there is no alternative!». Il est aujourd’hui temps pour nous, socialistes, de nous unir autour d’une affirmation: la construction européenne connaît un véritable déficit démocratique, nous souhaitons donc mettre en place une véritable démocratie européenne aboutissant à une Europe plus solidaire, plus volontariste. L’Europe sociale est notre ambition, notre bataille et notre cap. Le temps de l’impasse est révolu, tirons enfin les conclusions des référendums perdus.
 
Heureusement, Tina n’a pas encore jeté son dévolu sur le terrain écologique. Sauf quelques acharnés qui continuent à profiter de la rentabilité maximale des matières premières, la prise de conscience du péril écologique planétaire est désormais engagée. Pour les derniers réfractaires, utilisez un argument hors classe: nous sommes tous, au moins une fois dans notre vie, confrontés à la maladie. Chaque plante qui disparaît, c’est un espoir en moins de trouver une molécule pour lutter contre ce fléau. Mais encore faut-il traduire nos bonnes intentions en véritable choix de société. C’est là l’enjeu qui doit être le notre dans cette phase contributive. Le marché, dopé par le court terme, est incapable de répondre à la problématique écologique. Aujourd’hui, la fiscalité incitative ne touche actuellement qu’une infime partie de nos concitoyens. Ne serait-il pas opportun de relancer des politiques de planification dans des domaines aussi larges que l’équipement, les transports, le logement, la gestion de l’eau ? L’exigence écologique nous pousse à repenser nos modes de vie à long terme. Elle nous impose de redéfinir les notions de progrès, de développement et de croissance. J’irai même plus loin en parlant de nouveau droit de propriété. Je m’explique : posséder individuellement un lopin de terre a un sens dans la mesure où ce n’est pas néfaste à la collectivité. J’ai un titre de propriété sur un terrain que je peux utiliser à ma guise dans la limite de la loi et transmettre à mes enfants. Quand la planète est menacée par l’activité humaine, quand les ressources se font rares, nous sommes collectivement responsables de notre environnement. C’est pourquoi, lorsque la propriété individuelle ne répond plus à la responsabilité environnementale collective, la propriété de la communauté doit devenir la norme. En matière de gestion des eaux, de prélèvement des ressources naturelles, la propriété exclusive de quelques-uns met en danger la collectivité toute entière. En résumé, la notion, constitutionnellement consacrée, de droit de propriété doit-elle être redéfinie au nom du péril écologique ? Je suis intimement convaincu que seule la gauche peut répondre à cette question. Parce que le jour où sur cette problématique elle aura aussi capitulé : on nous martèlera une fois de plus: there is no alterntive!

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Commentaires

Cher Matthieu,
Vous vous améliorez à chacune de vos sorties. Je partage complètement votre analyse sur la polémique sur le libéralisme, qui n'a strictement aucun sens.

A bientôt

Écrit par : Mireille | 15/07/2008

Et pour qui voterez vous cher camarade dans un congrès où tout est déjà joué ? Avouez que s'il y a pléthore de contributions et que les motions sont déjà faites, ça ne amène pour le moment nulle part. Royal, Delanoë, Moscovici, qui d'autre ? Dray, Aubry ? M'étonnerait que tous ces gens s'entendent, nous pouvons donc encore choisir. De toutes façons, il y a un autre congrès en 2010. Pourquoi s'énerver sur celui-là en particulier ?

Écrit par : corylus | 15/07/2008

En fait avec l'arrivée de Tina, une maladie pas si nouvelle se propage au parti: la moskoviscidose.
Elle consiste à noyer le poisson d'une vision politique généreuse donc censée sous les glaires de la mondialisation tortueuse et compromise en proposant le plus petit dénominateur commun, à savoir le déni des valeurs de solidarité et d'engagement effectif pour la justice sociale portées par la Gauche et l'invitation à la résignation aux forces du mal ou invitation à célébrer le culte du veau d'or.
Or une fois le patron devenu obèse au FMI, voici le Che(r) lieutenant barbu qui fait don de sa personne boudeuse à un parti qui ferait bien d'être à droite pour satisfaire également à l'ordre juste d'une haridelle qui ne fait pas le printemps et à l'ordre libéral de voler son prochain comme dans un bois dont on fait les flûtes de Hamelin.
L'histoire retiendra que de Tina à Tinettes, c'est le peuple qu'on liquide... Debout les morts !

Écrit par : Les raisons de la colère | 16/07/2008

Entièrement d'accord avec toi Matthieu.
Sans reprendre le vocabulaire guerrier et révolutionnaire il est grand temps que nos leaders agissent face à une offensive sans précédent contre des avancées sociales qui ont révolutionné l organisation de notre société.
La droite a bon dos d expliquer que les Français ont trop de congés mais que font ils durant ces semaines de repos? Ils font tourner une industrie touristique fleuron de notre économie.
Le pragmatisme ou la réalité sont autant de termes cachant une espéce de résignation de la part des sociaux démocrates d Europe. Comment oser renoncer sans même avoir débattu ou répondu aux arguments de la droite?
Il est temps de reprendre le chemin des forums et de l agora pour mettre en lumière les insuffisances des théories qui font du capital le moteur de tout progrès.

Écrit par : Antho | 16/07/2008

Chers socialistes,
Bravo Matthieu qui nous rappelle que la "propriété, c'est le vol" car c'est bien en ce sens que tu l’entends qu'écrivaient Proudhon et Courbet. En clair, si nous n'abandonnons pas le vocabulaire de la droite, si nus arrêtons de nous glisser dans les chaussons du politiquement correct et digéré, bref, si nous ne changeons pas nos us, coutumes et mentalités au PS, alors le PS et le socialisme ne changeront jamais. En conclusion, il faut changer la vie.
Au sein des contributions en cours, je ne signerai que la contribution qui m'entraîne à revendiquer nos 35 heures, notre smic à 1500 €, un seul mandat pour les députés. Je ne signerai que pour la contribution qui veut sincèrement CHANGER.
La traduction de Tina est bien trouvée qui résume tout ce que le réformisme digéré a de compromission. Les socialistes qui veulent épargner une nouvelle forme de capitalisme font des cadeaux à la rente.
Comme cela ne vous plaît pas, vous vous levez, et là, vous reprenez ce slogan en chœur avec moi :
"compromis -oui / compromission : non"
Un bémol toutefois sur la partition musicale : que l'on ne compte pas sur nous pour des compromis fallacieux et préludes à toutes… compromissions.
Signé : Maximilien Robesp. qui espère en l’avenir …de la gauche

Écrit par : Maximilien Robesp. | 21/07/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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