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15/09/2008

Le congrès de la dernière chance?

Par Philippe Gailhardis

La nouvelle est passée presque inaperçue: ce week-end, dans des élections partielles, l’UMP a fait carton plein. Deux sur trois des sièges remportés ont été pris à la gauche. L’UMP peut pavoiser: les Français, semble-t-il, adorent la politique de Sarkozy. Moins de libertés, moins de droits sociaux, moins de pouvoir d’achat, sauf pour les très riches: c’est le tiercé gagnant du gouvernement.

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Photo: Philippe Gailhardis: «Les socialistes, ça se dispute parfois, mais cela n'empêche pas l'amour...»

Une telle incongruité électorale ne peut s’expliquer que d’une façon: la gauche a perdu toute crédibilité comme alternative à une droite boulimique, unanimiste, qui, dans sa rage d’occuper tous les postes, se veut être (avec Devedjian) sa propre opposition. Une omnidroite s’affichant à la fois proche des catholiques intégristes et du «jouir sans entraves» de la jet set, des traqueurs de basanés et des enfants méritants de l’immigration, des héritiers qui se partagent les contrats publics et des âpres au gain qui bossent dur pour s’en sortir. Explication que corrobore un sondage tombé cet été: on y voyait un Sarkozy impopulaire, des Français mécontents de sa politique et… prêts à revoter pour lui s’il fallait se rendre aux urnes demain.


Comment s’en étonner? Face à l’UMP, il n’y a rien… ou presque: un Bayrou pugnace mais sans troupes, un Besancenot dans son rôle inoffensif d’imprécateur et un PS… qui prépare son congrès.

La marche ondoyante de notre prince fait merveille : un gros cadeau à la droite et aux complices, un petit clin d’œil au bon peuple de la gauche (car il est très convivial, cet homme !) et le tour est joué. A la moindre fausse concession, il se trouve des figures du PS pour s’extasier, comme pour cette usine à gaz du RSA, si bien démontée par Thomas Piketty dans le Nouvel Obs, que l’on va financer en prélevant sur les revenus du fonds de commerce électoral du PS (les classes moyennes), ce qui n’empêche pas un Manuel Valls d’organiser dans sa bonne ville un débat sur le sujet avec comme invité d’honneur un certain… Martin Hirsch.

De cette permanente cacophonie des grands féodaux du parti, de ces alliances d’un jour autour d’une bonne bouteille, bref, de ce fonctionnement de quatrième république en miniature, il ressort une gauche de gouvernement inaudible même quand elle parle juste. Et cela risque de continuer.
Et pourtant… A la lecture des « grandes » contributions, on voit se dégager un véritable « modèle standard », comme disent les physiciens, largement inspiré du feu « pacte présidentiel », et qui, hors quelques nuances et par-delà les postures de pré-congrès, rassemble la très grande majorité du PS depuis Manuel Valls jusqu’à Benoît Hamon. Le diagnostic sur le capitalisme financier mondialisé et sa variante busho-berlusconno-napoléonienne est à peu près le même. Les priorités économiques (monter en gamme par l’innovation, réguler ce qui peut l’être, agir par des fonds souverains, s’appuyer sur les petites entreprises…), sociales (attaquer les inégalités à la racine…), européennes et écologiques sont comparables. Même si, ici ou là, certaines contributions osent aller au-delà des généralités.

Ainsi, fidèles à leur manie, les partisans de notre ex-candidate n’hésitent pas à formuler des propositions précises et réalistes sur les trois sujets qui fâchent, soigneusement contournés lors de la synthèse du Mans, et qui ont pesé si lourd lors des présidentielles: la fiscalité, les retraites et la sécu.

Mais après tout, une contribution n’est pas une motion et encore moins un programme. Qui peut dire dans quel état sera plongé le capitalisme mondial en 2012? Les USA, par exemple, seront-ils cette hyperpuissance déchue irrémédiablement embourbée depuis l’Irak jusqu’au Pakistan ou au contraire, avec un Obama plus à gauche qu’il ne veut l’avouer, une puissance renaissante ayant remis le vieux keynésianisme à l’honneur? Et où en sera la crise financière, économique et écologique de la planète? Le programme le plus réaliste pour une gauche de gouvernement, en 2012 sera-t-il social-libéral ou faudra-t-il préconiser le retour à la planification et la renationalisation des grandes banques?

Non, l’enjeu essentiel du congrès, ce n’est pas le programme. C’est de savoir quel parti socialiste nous voulons faire fleurir. Par-delà les effets de manche, qui est vraiment pour l’écoute et le respect des militants et de leurs décisions, pour faire du PS une force d’entraînement à l’avant-garde des luttes, immergée dans la «société civile»? Qui veut bien d’une équipe resserrée et cohérente, tout le contraire d’un pacte d’éléphants, autour d’un leader qui rende enfin notre parole audible?

Aujourd’hui comme au moment des présidentielles, la candidate toujours préférée des militants (45% des signataires de contributions selon les derniers pointages) a tout pour déplaire. Comme pour Obama, sa compétence est mise en doute. Pensez, elle n’est pas vraiment du sérail, elle n’est pas copine avec les grands patrons et ne participe pas aux dîners du Siècle! Surtout elle ne procède pas du système et voudrait y mettre fin : avec le mandat unique et la disparition des courants au profit d’une sorte de démocratie directe, c’est tout le règne des baronnies qui est en cause.
Le pire n’est jamais sûr mais quand même… Imaginez que le TSS (Tout sauf Ségolène) qui se dessine se confirme à Reims. Imaginez une majorité allant de Jospin (en coulisses) à Fabius, qui ne serait d’accord que sur trois principes : ne rien changer au système, ne pas traiter les sujets qui fâchent, garder les mêmes et attendre la dernière minute pour choisir notre candidat (éventuellement auréolé de la « gloire » d’avoir géré à Washington la plus haute instance du capitalisme financier).

Comment dès lors toutes celles et ceux qui, dans ou aux côtés du PS, gardent un « désir d’avenir », pourraient-ils accepter la perspective de toutes ces nouvelles années perdues? Que leur resterait-il? Cultiver leur jardin ou maintenir la flamme dans une nouvelle structure?
Et la gauche « chavéziste » du PS, ces imprécateurs de talent comme Mélenchon, résisteraient-ils à la tentation d’imiter le camarade Oskar Lafontaine pour fonder une « Linke » à la française?

Non, le pire n’est jamais sûr. D’un naturel optimiste, je me dis qu’il faut bien que le PS touche le fond de la piscine pour refaire surface. Une seule condition: donner un grand coup de pied.


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Commentaires

A ce rythme la, on ne sait pas qui on pourra voter en 2012... Le PS qui se tire dessus à boulet rouge à qui mieux mieux? Le Modem peut-être? Ou la LCR?

Écrit par : Genzo | 15/09/2008

Si la gauche a perdu toute crédibilité M. Gaillardhis, c'est parce qu'elle aussi se partage les contrats publics sans aucune vergogne, comme l'UMP, avec les hommes de l'UMP. Notamment dans les grandes villes, sur les marchés publics, vous ne trouvez que les mêmes grands noms qui ont ouvertement fait campagne pour Sarkozy. Et même en creusant en surface seulement, vous y trouverez des noms mouillés jusqu'au cou dans certaines affaires obscures, pour ne pas dire "noires", qui ont, en leur temps, défrayé la chronique.

Non, M. Gaillardhis, la gauche a mérité ce qui lui arrive car elle s'est souillée dans la compromission. Les bons coquins font les bons copains, et tout ça se tutoie comme s'ils étaient frères de lait.

C'est vrai, on se demande pourquoi on s'échine à leur crier le même message depuis des mois : renouvellement. Car au final, que voit-on, ceux qui prétendent au renouvellement s'allier avec ceux des compromissions.

Ni les uns ni les autres ne nous méritent. Ils le savent mais ils savent aussi qu'en l'absence de toute véritable concurrence, un véritable parti neuf, ils sont gagnants même perdants.

Écrit par : corylus | 15/09/2008

Ha oui, bien sur je me disais, mais d'où vient ce titre si accrocheur, si appétissant !

Écrit par : Anis Vert | 15/09/2008

"ce qui n’empêche pas un Manuel Valls d’organiser dans sa bonne ville un débat sur le sujet avec comme invité d’honneur un certain… Martin Hirsch."

Je vois qu'on s'enfonce dans ses idées ici...refus du dialogue avec l'autre, etroitesse d'esprit.
Pas étonnant qu'avec des gens aussi bornés il n'y ai pas d'opposition.
L'UMP est unie et à gauche c'est le panier de crabes avec une université d'été bien rigolote, un fabuleux "festival de croc-en-jambe" comme titrait le Figaro.
"Tous derrière moi" cria la foule à la tribune du PS aha
Peut etre est-il temps de passer à une gauche modérée et un peu moins arriérée, non?
Le PS pourra alors peut etre esperer rattrapper son retard en terme d'adhérents.

Signé un Catholique intégriste, un jet-setteur, un "traqueur de basanés" et un requin de la finance, bref un electeur de Sarko.

ps: Vous etes ridicules mais continuez siouplait, vous vous discréditez de jours en jours :-)

Écrit par : arthur | 15/09/2008

Arthur a raison ( tapez pas ).
Le PS doit séduire à sa gauche, et à sa droite, ne serait-ce que chez les radicaux de tous bords. Ne me dites pas que je rêve, Miterrand l'avait fait. Il faut le projet pour celà. Le PS à lui seul, et en supposant qu'il se remette en marche derrière une seul homme ( ou une seule femme ) ne peut rien gagner.

Écrit par : Fran | 16/09/2008

Tant que la gauche traditionnelle entrera dans le jeu règlementé par la droite il n'y aura aucun espoir pour les français. Ce n'est pas en marchant dans les pas de l'UMP que l'on peut interresser les élécteurs. Il faudrait déjà changer tous ceux qui ont été trop longtemps au pouvoir et amener du sang neuf avec un seul objectif le bien être des gens. Quand on aura éradiqué la gangrène du pouvoir de l'argent ça devrait aller mieux mais encore faut-il que ce ne soit pas ceux qui le possède qui dirigent (est-il nécessaire d'être riches pour vivre heureux ?). La preuve que non puisque l'euro est très fort mais pas le niveau de vie des européens.....

Écrit par : Demarquet | 16/09/2008

Arthur et Fran: + 1
"L’UMP peut pavoiser: les Français, semble-t-il, adorent la politique de Sarkozy. Moins de libertés, moins de droits sociaux, moins de pouvoir d’achat, sauf pour les très riches: c’est le tiercé gagnant du gouvernement."
Bravo, vous avez résumé dans cette phrase la posture du PS (y compris la votre), celle du Caliméro, genre "Le monde est vraiment trop injuste et les français trop cons de ne pas voter pour nous...". Mais... il y peut-être une raison, et si ce n'est pas (trop) la méthode, ce serait peut-être... les idées???

Écrit par : Milou | 16/09/2008

Bravo,
Un projet, un leader, une équipe. Ségolène avance à nouveau, royale.
On va pouvoir se concentrer sur l'essentiel. Même lors des présentations qui ont été faites lors de l'AG de notre section, il était facile de constater que l'alternative portait sur, d'un coté un réformisme lucide et radical acceptant les jeux de l'économie de marché régulée par un état plus soucieux de social que de financiarisation aveugle et cupide, et de l'autre coté le maintien d'une tradition de rupture. Restera ensuite à débattre du leader capable de remettre le PS en ordre de marche et de représenter l'opposition face au clan Sarkozy honni par toute la gauche.

Écrit par : sainluc | 16/09/2008

Il faut arrêter de confondre libéralisme des idées et libéralisme économique. Le club Saint Simon, comme son nom l'indique, a bien eut pour mission d'appliquer les idées de Saint Simon, un des premiers Socialistes français, soit le mariage de la carpe et du lapin, la troisième voie entre le laisser faire économique qui est anti social par essence et le marxisme qui n'était pas encore né. Saint-Simon voit dans le début de l'industrialisation le moteur du progrès social. Pragmatique, il prône un mode de gouvernement contrôlé par un conseil formé de savants, d’artistes, d’artisans et de chefs d’entreprise et dominé par l'économie qu'il convient de planifier pour créer des richesses et faire progresser le niveau de vie. Il appartient aux capitalistes d'œuvrer à l'élévation matérielle et morale du prolétariat. Or, la doctrine libérale économique (économie classique) revisitée par les Chicago boys des sixties (dont Milton Friedmann) qui est une doctrine de rente, exclue la question sociale, car tout doit être privé avec l'Etat réduit au rôle minimaliste. Ceux qui prétendent la question sociale possible avec le libéralisme économique sont des fumistes nantis ou ignorants ou pire, des imposteurs. Au PS il y en a un paquet. Mis à part le Maire de Paris, Ségolène ROYALE avait bien déclaré dans sa campagne que le Fordisme était fini. Le fordisme était très proche de thèses Keynésiennes qui ont donné les trente glorieuses. L'économie de marché est une doctrine au même titre que la doctrine marxiste avec toutes deux leur corollaire politique: la disparition de la démocratie en terme de puissance publique républicaine par une dictature. Quand on pète dans la soie on peut philosopher tranquille et en tirer une idéologie puis l'appliquer sans risque pour soit même. Quant à l'économie sociale de marché figurant dans le projet de Traité Constitutionnel de l'UE, c'est un ersatz du libéralisme: le terme « économie sociale de marché » (en allemand Soziale Marktwirtschaft) est un faux ami comme on dit en lexicologie, c’est une étiquette trompeuse. L’ « économie sociale de marché » ne renvoie pas du tout à un mixte entre économie sociale et économie de marché. Il s’agit d’un courant de pensée né dans l’Allemagne fédérale d’après-guerre et rassemblant des économistes conservateurs autour de la revue ORDO (d’où l’autre nom de ce courant, l’« ordolibéralisme ») dont l'économiste français Bilger qui a influencé De Gaulle à la fin de sa mandature (régionalisation, participation au bénéfice de l'entreprise). C'est toujours la lutte séculaire entre le prince (l'Etat) et le marchand (les affairistes) avec le citoyen qui n'a pas droit au chapitre. Il y a peu, la pensée unique s'appelait dictature. C'est de la novlang. Merci Georges ORWELL

Écrit par : Christou | 18/09/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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